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Sous-traiter la santé plutôt qu’engager : le SEV dit non

crédit photo tl

Le service santé des transports publics lausannois (TL) manque de bras pour accompagner les employé·es en absence longue durée. Plutôt que d’engager du personnel supplémentaire, l’entreprise a choisi d’externaliser une partie de ce suivi à Corporate Health Services (CHS), une société privée liée aux assurances. Le comité SEV-TL s’y oppose fermement et a interpellé la direction par courrier fin août.

Une sous-traitance qui interroge

CHS a été fondée en 2020 par une ancienne cadre issue des assurances privées et des milieux patronaux. Celle qui est à la tête de CHS est aussi membre de la direction de Vaudoise Services SA. Ceci est logique puisque CHS est une marque de Vaudoise Services, entreprise fondée en 1985 et dédiée à la santé au travail. Pour compléter ce tableau digne des poupées russes, il faut préciser que Vaudoise Services est une filiale du groupe Vaudoise assurances.

On ne sait pas grand-chose de cette jeune entreprise CHS, sinon ce qu’elle affiche sur son site la « promesse » d’aider les entreprises à favoriser le bien-être au travail, et par là même à réduire les absences, donc les coûts. Le SEV ne remet pas en cause les compétences de ses collaborateurs et collaboratrices, mais bien le choix de la direction des TL de sous-traiter plutôt que de recruter. « Pour nous, c’est un non-sens. Le personnel a posé la question par écrit à l’entreprise : pourquoi privilégier la sous-traitance à l’engagement de personnel ? À ce jour, la réponse qui nous a été apportée demeure très vague », relève Aline Zuber, secrétaire syndicale SEV responsable des TL.

Complication inutile

Pour le comité SEV-TL, cette externalisation ajoute une complication inutile pour des salarié·es déjà en situation de fragilité. Une absence longue durée implique déjà de nombreux acteurs internes et externes : ressources humaines, médecin traitant, médecin du travail, médecin-conseil, assurances, assurance-invalidité (AI). Naviguer entre tous ces intervenants est déjà difficile. « Faire intervenir en plus des case managers d’une entreprise privée, c’est une charge et un stress supplémentaires pour des collègues qui n’en ont vraiment pas besoin », insiste Aline Zuber.

La connaissance du terrain en jeu

Autre problème soulevé par le syndicat : des case managers externes, qui ne connaissent ni le fonctionnement des TL ni les spécificités du secteur des transports, seront nécessairement moins bien outillés que les spécialistes santé et réinsertion internes pour accompagner les collègues. « Ce sont les collègues internes qui comprennent vraiment la réalité des métiers et les problématiques de santé qui reviennent régulièrement dans notre secteur. Les TL risquent de perdre en qualité de suivi », souligne la secrétaire syndicale.

Le SEV pointe aussi le renforcement du pouvoir des assurances privées sur les salarié·es, puisque CHS est une marque d’une entreprise à but lucratif. La direction a beau assurer que les exigences légales en matière de protection des données et de confidentialité seront respectées, le comité SEV-TL rappelle qu’il s’agit tout de même de confier une partie du suivi de la santé du personnel à un acteur commercial. Il faut toutefois rappeler ici que ni les spécialistes santé des TL ni les collaborateurs et collaboratrices de CHS n’ont accès aux dossiers médicaux des employé·es.

Le syndicat mis devant le fait accompli

Enfin, le syndicat dénonce un manque de transparence : la collaboration avec CHS a démarré fin juillet sans communication à l’ensemble du personnel, qui n’a découvert cette nouvelle organisation qu’au fil des échanges. « Les employé·es ont au moins droit à une information claire sur ce qui va changer pour elles et eux », affirme Aline Zuber.

Le SEV demande aux TL de revenir sur leur décision, d’engager du personnel supplémentaire pour soulager l’équipe santé. Il a également sollicité une séance de discussion avec la direction. Le syndicat invite le personnel concerné à le contacter pour faire remonter ses questions ou partager son expérience.

Yves Sancey

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